Les premières années

Chandra est né dans une étable, le 3 janvier 1963
Une étable !… Difficile de ne pas faire immédiatement le lien avec le petit Jésus que nous fêtons aux temps de Noël !
Une pré-destination ?… Un signe de l’universalité spirituelle au-delà des croyances ?
Dans tous les cas, c’est pour nous, occidentaux baignés de christianisme, un clin d’œil amusant du destin.

Chandra est l’ainé d’une famille de paysans installée à Purkot, district de Gulmi, à l’ouest du Népal.
C’est une région fort montagneuse, un véritable patchwork de cultures en terrasses et de maisons de terre, entre 1400 et 2300 m d’altitude. Elle est dominée par des sommets culminants à 3000 m, pas très loin du Dhaulagiri, la plus haute montagne des Himalayas entièrement au Népal (8167 m), que l’on peut apercevoir au loin lorsqu’on grimpe sur les lignes de crêtes au-dessus des villages.

Là, dans ce coin perdu du Népal, c’est une vie très pauvre et souvent très dure qui lui est donnée à vivre. Il est l’ainé de 5 frères et sœurs. À la naissance de son dernier frère, il vient juste d’avoir 12 ans, et décide alors de quitter, en secret, sa famille et son pays dans l’espoir de trouver un travail et un avenir : cela fera une bouche de moins à nourrir pour ses parents.

À pied, en suivant quelques jeunes de 18-20 ans, il marche pendant 4 jours, 14h par jour, jusqu’à Butwal où il découvre l’électricité et le train… qui fait un bruit terrible ! Et c’est en train qu’il rejoint l’Inde, toujours en compagnie des jeunes qui l’ont emmené avec eux.

Le paradis sur terre

S’il lui arrive quelques fois de vivre dans les rues, il passe de nombreux mois dans diverses familles pour travailler, allant d’expériences en expériences plus ou moins heureuses. Puis il se retrouve à nouveau à la rue, 4 jours sans manger.

Il prie Parvati de lui donner quelque nourriture.

Quelques minutes après sa prière, une vieille dame en robe blanche s’approche de lui avec quelques bonnes choses à manger. Elle lui dit : « Mange bien cette nourriture… et il y aura une jeep qui va venir. Ils te demanderont d’aller avec eux. Tu dois aller avec eux ! ».

Affamé, il se jette sur la nourriture avant de se tourner vers la vieille dame pour la remercier… mais elle a disparu… et il ne la voit même pas sur le chemin, ni dans un sens, ni dans l’autre.
Elle s’est comme volatilisée.
A-t-il été occupé à dévorer si longtemps ?
Cette femme est-elle vraiment venue ?

Arrive alors la jeep avec des militaires qui lui demandent s’il veut être militaire.
Voyant dans cette opportunité, l’occasion d’apprendre à tirer et de pouvoir défendre les vaches des attaques du tigre, (comme cela était arrivé plusieurs fois dans sa jeunesse), il accepte de devenir militaire.

Cette nouvelle vie lui paraît être le paradis sur terre : il peut manger tous les jours, plusieurs fois par jour, plein de bonnes choses comme il n’a jamais eu, peut se laver avec un savon et apprends diverses choses.

Retour aux Sources

Au bout de quelques années, son régiment est muté à Calcutta (Varanasi), près d’un temple de Shiva où il rencontre un moine qui lui dit qu’un brahmine doit lire, apprendre, et faire des austérités. Il doit étudier la Vie, les textes, les Maîtres… et non être un simple soldat !

Ramchandra est issu d’une famille brahmine.
Il lui lit un verset du Ramayana de Valmiki.

Il se rend alors compte qu’il n’aime pas le service militaire et les armes et finit par quitter l’armée pour commencer, à 16 ans, une vie de sadhu, moine pèlerin, qui va durer 6 années.

Il apprends le sanskrit et l’anglais, la méditation et nombre de pratiques, fais vœux de silence, fais de nombreuses austérités et avance, auprès de différents maîtres, dans la découverte des connaissances transmises depuis des millénaires sur les réalités et les illusions de la vie.

Sri Aurobindo et Mère

Il découvre soudainement la philosophie de Sri Aurobindo et de Mère à travers un livre. Ressentant le nectar de la vie dans ces écrits, il part immédiatement pour Pondicherry et s’installe, très peu de temps après, à l’ashram où il va vivre pendant 12 ans.

Il devient le serviteur de Champaklal, qui fut lui-même le serviteur personnel de Sri Aurobindo et de Mère durant plus de 50 ans.

Après 3 années intenses à son service, Champaklal meure dans ses bras lors d’un séjour à Bombay (Mumbay). Cette période de 3 ans est, dit-il, pour lui, l’âge d’or de sa vie.

Il retourne à Pondicherry, mais touché par ce départ au-delà des rives de la vie, il décide de prendre du recul et de voyager en Inde. Il va aux sources du Gange, et a soudain l’idée de retourner au Népal… voir sa mère et sa famille !

Retour au Népal

Après presque 2 décennies, en janvier 1993, à 30 ans, il revient au Népal.

Il est saisi par la misère des enfants, mal nourris, sales, traînant sur les routes… et tellement nombreux !
Ce qui le choque le plus ? la morve qui bave des nez de tant d’enfants !

Il décide de créer un ashram pour faire connaître le yoga intégral et la philosophie de Sri Aurobindo et de Mère, d’origine française, qui est à l’origine de la création d’Auroville. Il fonde, avec 7 autres népalais, le Sri Aurobindo Yoga Mandir… puis il retourne à Pondicherry où il pense vivre tout en revenant de temps en temps à Katmandou pour développer et guider l’ashram, apporter de l’argent et transmettre les enseignements.

Mais cela ne se passe pas comme il le souhaite : après 2 mois d’absence, il retrouve l’ashram sale et inactif, son argent est dilapidé.
« Tant pis ! Je retourne à Pondicherry »
Mais en lui, ce n’est plus pareil.
Son âme n’est pas heureuse.

Après un intense questionnement, il décide de suivre jusqu’au bout la voie que lui indiquera son maître et ami Nirodda, un des douze proches disciples de Sri Aurobindo… « on ne sait jamais, des fois qu’il me dise de rester, que ma place est vraiment ici. »
En son cœur, c’est ce qu’il aimerait : rester à l’ashram, avec sa famille spirituelle, où il se sent si heureux… mais la Vie l’appelle à retourner au Népal, et la voix de son maître ne fait que le confirmer : « tu n’a rien à faire ici. Retourne au Népal ! ».

Le Sri Aurobindo Yoga Mandir

Il décide de venir en aide à tous ces enfants rencontrés sur les routes de son retour, ressentant au fond de lui le besoin de servir son peuple et son pays.

Avec ses quelques économies, le 24 avril 1993, abandonnant le premier projet d’ashram, il achète une petite maison de terre sur les hauteurs de Katmandou, sans eau, sans électricité et sans toilettes. C’est là que va se développer le premier ashram afin de réaliser les enseignements de Sri Aurobindo et de Mère.

Il commence à prendre avec lui des enfants, orphelins ou issus de familles très pauvres, pour leur offrir une éducation.
Ils ont 3, 4 ou 5 ans.
La journée, il part travailler à Katmandou en leur laissant quelques travaux scolaires à réaliser. Puis il leur donne des cours dès son retour du travail, jusqu’au soir.

Il achète une vache, fabrique avec eux de l’encens, construit des toilettes attenantes à la maison.

Au bout d’une année, ils sont 20… puis 40 à vivre dans la petite maison. Ils font l’école dehors, devant la maison.

Depuis lors, il s’est totalement consacrée à cette œuvre, guidant de nombreux enfants et adultes à retrouver la dignité d’être et de vivre.

À ses yeux, il n’est pas utile de s’enfuir du monde pour avoir des expériences spirituelles : il souhaite que tous ses pairs aient une profonde expérience et leur montre le chemin, convaincu qu’un saut quantique en résultera dans l’évolution de l’humanité.

Une vie au service de la Mère… et de ses enfants

Swami Ramchandra Das est un véritable karmayogi.dejeuner

La pratique du karma-yoga est un des 4 voies traditionnelles du yoga : le yoga de l’action désintéressé. Il est basée sur le détachement des fruits de l’action… sur le fait de ne désirer ni louange ni récompense pour ce que a été accompli.

Le karmayogi agit de façon impartiale et impersonnelle, sans ego : il n’a pas d’intérêt personnel et a rejeté tout sens de possessivité. Satisfait de ce qui lui échoit sans qu’il l’ait recherché, ayant franchi les dualités, n’enviant personne, égal dans l’échec et le succès, il n’est pas enchaîné alors même qu’il agit.

« Si vous désirez travailler comme il le faut, vous devez ne pas perdre de vue deux grands principes :
en premier lieu, un profond respect pour le travail entrepris ; en deuxième lieu, une indifférence complète à ses fruits. »
Swami Brahmananda

En plus du détachement vis-à-vis du résultat des actions entreprises, le karmayogi ne se considère pas comme l’auteur de l’action. Il agit comme un instrument dans le travail et s’en remet au Pouvoir qui est derrière nous, ou au-dessus de nous, au lieu de tout faire par effort mental.

Un exemple et une inspiration pour tous

Pour ceux qui l’ont rencontré, Ramchandra inspire le respect, tant le Don de lui-même est grand, et tant il rayonne de bonté !

Tous les enfants l’appellent : « Mama ».

La Force puissante qui émane de sa confiance et de sa sagesse sont un encouragement spontané à s’améliorer et aller vers le meilleur de soi.
Son témoignage, et sa Foi à soulever les montagnes, sont une magnifique source d’inspiration.

Il donne envie de le suivre et de donner, donner et encore donner… sa vie et son cœur, sans compter, sans retenue et sans peur.

« Je n’ai jamais planifié quoi que ce soit. Tout cela vient…
Alors je commence, je fais… et ça vient !
C’est comme ça !
Avec le Divin, TOUT est possible. »